Takemusu Dojo
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BUDO EMBU

La mystification dans les démonstrations d’arts martiaux

vendredi 2 novembre 2007, par Léo Tamaki

Depuis la nuit des temps les hommes ont eu à cœur de démontrer leur force dans des compétitions, tournois, ou autres démonstrations. Ces manifestations qui se sont développés parallèlement aux civilisations étaient généralement liées à des cérémonies religieuses et servaient à honorer et distraire les dieux.

Des origines mythiques

Au Japon la plus ancienne trace de démonstration martiale se trouve dans le Nihon Shoki, écrit en 720 après J.C. . Il s’agit du récit d’un combat de la lutte qui deviendra plus tard le Sumo et qui eu lieu devant l’empereur Suinin la septième année de son règne, en 23 avant J.C..

Démonstrations pures et compétitions ayant souvent lieu simultanément furent liées dès l’origine. Si la compétition permet de déterminer qui, à un moment donné, est le meilleur dans un exercice, la démonstration permet de démontrer les spécificités d’un style ou d’une discipline.

Secrets militaires

On peut se poser la question de la pertinence de démonstrations dans les disciplines martiales. Véritables secrets militaires, les ryu étaient autrefois jalousement gardés par les clans qui en tiraient prestige et sécurité. Aujourd’hui encore, certaines écoles et traditions telles que le Katori Shinto ryu ou le Shinbukan Kuroda ryugi gardent dans leur enseignement un côté fermé hérité du passé.

Toutefois, qu’elles le fassent régulièrement ou très rarement, toutes les écoles, à ma connaissance, se prêtent à l’exercice de la démonstration. De Ueshiba Moriheï à Kano Jigoro en passant par Funakoshi Gichin ou Nakayama Hakudo, tous les maîtres célèbres sacrifièrent à ce rituel, même s’il est évident qu’il existe ou a pu exister des cas isolés d’adeptes ne vivant pas de leur pratique et qui n’ont jamais effectué de démonstrations malgré un niveau élevé.

Mystifications ?

Il m’est arrivé plusieurs fois lors de discussions avec des amis pratiquants de débattre sur la question de savoir si les maîtres cachent leur pratique réelle lors de leurs démonstrations. Voici mon avis sur la question.

Je prendrai comme exemple le cas de Ueshiba Moriheï qui est probablement avec Miyamoto Musashi l’adepte le plus connu des pratiquants.

Certains avancent que la pratique de maître Ueshiba en démonstration était en quelque sorte une mystification. Mon avis personnel est qu’il démontrait au contraire le niveau le plus élevé de sa pratique.

Le principal argument utilisé pour prouver la mystification est le fait que l’enseignement quotidien de maître Ueshiba était différent de ce qu’il démontrait en public. Il me semble évident que le niveau des élèves, mêmes avancés, de Osenseï était plus que loin du sien. On peut donc logiquement supposer qu’il leur montrait le chemin à suivre au quotidien et qu’il en montrait le résultat lors des démonstrations.

Un autre point est le fait qu’aucun de ses élèves ayant participé aux démonstrations n’a jamais mentionné qu’il chutait par complaisance. Pas même ceux qui prirent leur distance et émirent des critiques à son encontre tel que Toheï Koichi. J’ai eu la chance de rencontrer de nombreux maîtres qui furent ses uke et si la description de leur sensation peut varier, ils se rejoignent tous sur le fait qu’ils étaient contrôlés et projetés sans savoir comment.

Le travail extrèmement souple et presque "abstrait" de Ueshiba est à mon avis le véritable Takemusu Aïki. Et je pense qu’à haut niveau la plupart des disciplines martiales, tout du moins japonaises, ont cette forme.

Question d’éducation

Takeda Sokaku eu une vie totalement différente de celle de Ueshiba. Au-delà même du caractère il faut bien comprendre que leurs vies étaient aussi dissemblables que s’ils avaient été élevés à des siècles d’écart. Takeda était un samouraï et reçut une éducation en tant que tel. Il vécut la guerre civile et combattit à de nombreuses reprises, tuant plusieurs fois au cours de son existence.

Ueshiba, lui, était un fils de propriétaire terrien aisé et grandit dans une atmosphère religieuse.

Le premier était donc aussi méfiant et fermé que le second était confiant et ouvert et leur visage même, révèle cette différence. Et elle apparait logiquement dans leur pratique, la technique martiale pragmatique du premier se transformant en voie martiale spirituelle chez le second.

Takeda Tokimune rappelle que son père lui indiquait qu’il ne fallait transmettre la véritable efficacité qu’à de très rares personnes. Les techniques enseignées en Daïto-ryu étaient alors, et sont encore aujourd’hui, très carrées, reposant sur des leviers et la contrainte articulaire.

La pratique de Ueshiba qui passa par cet étape devint par contre de plus en plus souple avec une utilisation du vide de plus en plus importante. Et Takeda Tokimune qui précise que Ueshiba fut l’un des meilleurs élèves de son père, nous dit que celui-ci fut furieux qu’il enseigne ouvertement les secrets du Daïto-ryu.

Si l’on rapproche cela de la pratique très souple de maîtres de Daïto-ryu comme Okamoto senseï ou Sagawa senseï, on peut en déduire que le plus haut niveau de la pratique, en Daïto-ryu comme en Aïkido, est extrèmement souple et ne repose pas sur des leviers ou contraintes articulaires. Qu’il faille passer ou pas par ce type de pratique pour y arriver est un autre débat…

La réflexion de Takeda Sokaku était justifiée car à l’époque où il grandit, la technique martiale était encore un outil de survie. De nombreux adeptes auraient donc pu voir dans une démonstration d’importants principes. Toutefois durant l’ère Meïji (1868 - 1912 ) la situation changea radicalement et les techniques martiales devinrent des voies de perfection, des méthodes d’éducation ou des sports. La nécéssité de limiter les démonstrations ou de mystifier les spectateurs avait donc disparu.

Seuls ceux qui savent regarder voient…

Lorsque la vie n’est plus en jeu, l’attention, qu’on le veuille ou pas, n’est plus la même. On sait qu’il y aura toujours une seconde chance et on regarde sans voir. Je ne crois pas que les maîtres Otake ou Kuroda par exemple, cachent ou changent quoi que ce soit. C’est inutile puisque seuls ceux qui savent regarder voient. Et ceux qui peuvent voir savent déjà…

Les gestes techniques ne sont probablement pas changés non plus. La raison toute simple est qu’il me semble puéril d’imaginer qu’il existe des mouvements imparables donnant une efficacité suprême.

Bien sûr il existe des détails qui ne sont connus que des membres de l’école concernant la distance ou la cible. Mais ce sont des points relativement anecdotiques comparés à l’essence de l’école. C’est d’ailleurs pour cela que même les traditions fermées n’hésitent pas à éditer des livres ou DVD, alors qu’elles restreignent la participation aux cours et n’acceptent pas les spectateurs. La forme extérieure n’est qu’une coquille et ces ouvrages ne sont de réelle utilité qu’aux membres de l’école en tant qu’aide-mémoire. Pour le reste, comme pour les démonstrations, seul un maître pourra voir en les regardant.

Le véritable secret réside dans l’utilisation du corps. Et c’est cet enseignement qui, aujourd’hui encore, est gardé précieusement dans certaines traditions.

Voilà quelques éléments qui m’amènent à penser que Ueshiba, comme les autres grands adeptes, livrait probablement dans ses démonstrations le plus haut niveau de son art.

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12 Messages de forum

  • La mystification dans les démonstrations d’arts martiaux

    28 janvier 2008 22:37, par Chocolatdo
    Peut-être pourrions-nous poser la question autrement, en se demandant si ce n’est pas l’idée du secret qui est mystificatrice. Après tout, faire la démonstration publique d’une pratique aimée, pour séduire le chaland reste très ludique, joyeuse et innocente, si l’on met de côté la vanité des uns et la cupidité des autres. L’idée qu’il y aurait un enseignement secret est plus pernicieuse et autant le dire tout net plus malhonnête. Par définition un secret ne s’enseigne pas, sinon ce n’est plus un secret. Même un enfant sait cela quand il dit donne moi ton secret et que l’autre lui répond si je te le dis ce ne sera plus un secret. Il n’est alors qu’un trivial tour de main, un truc, une astuce, un tour de passe-passe, la taquetaquetique du gendarme. Dans les arts martiaux peut-être plus qu’ailleurs, l’idée d’un enseignement caché –évidemment réservé à l’élite, dont je ferais parti un jour- ne pourrait bien être qu’un attrape nigaud, une carotte –comme les dans- pour alimenter les caisses. Il n’y a de caché que le sein d’Elmire et le Mahdi. N’importe quel commando d’élite apprend en quelques mois tous ces secrets de polichinelle. Au risque de me contredire, il y a un secret que je vais révéler, si vous pratiquez pour vous faire plaisir, faites vous plaisir.

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    • La question est les commandos d’élite pratiquent ils les arts martiaux ?

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      • La réponse est ça dépend.

        Tamaki Léo

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        • il y a bien un léo tamaki que je lis tous les deux mois dans dragon et dans ses articles il y a peu plus de détail. Tout a deja été dit mais j’y ajoute m’a graine : je pense qu’il y a bien des maitres qui cache leurs techniques mais ils sont sans doute peut nombreux. Car comme l’ecrit Leo tamaki dans le dragon n°28 de juillet sur la daito ryu (ecole tres fermé)kundo sensei dit qu’il ne cache rien de sa technique et qu’il encourage même les pratiquants à "voler" ce qu’ils peuvent. D’un autre coté il y a peut etre aussi de nombreux maitres qui surjoue pour les besoins de la demo car souvent deriere une demo il y a un cote racoleur. Je cherche des futurs membres qui vont apporté à ma federation representativité,argent,pouvoir.Il suffit de voir le petite guerre entre les federation d’art martiaux chinois ou celle qui "oppose" la FFAB et la FFAAA. Et regulierement on vois aussi un sensei qui à tout compris aux art martiaux et qui nous propose SA vérité ultime SA synthese juste et imparable SON art martial en réponse à un monde de violence vrai(en marque dépose bien sur). d’ailleur et pour finir (et pour revenir au sujet sur la mystification) Leo Tamaki (encore lui) avoué avoir été un uke docile avec quelque maitre. Et là il y a vraiment mystification.

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      • La mystification dans les démonstrations d’arts martiaux 6 février 2008 10:01, par David Dumas

        On peut facilement répondre à cette question lorsque l’on sait :

        Ce qu’est un "commando"
        Ce qu’est une unité d’"élite"
        Ce que veut dire "pratiquer"
        Ce que veut dire "art martial"
        Toutefois la question dérive un peu du sujet initial.

        Cordialement
        David Dumas

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        • La mystification dans les démonstrations d’arts martiaux 9 février 2008 12:17, par chocolatdo
          La remarque sur les commandos n’est pas si éloignée que ça du sujet initial. La question posée était la mystification dans les démonstrations d’A.M. Dans mon premier texte je reprenais les remarques de Léo qui insiste sur la notion de secret, notion à laquelle j’ai réglé son compte. Par contre je ne suis pas sûr de m’être bien fait comprendre. Plus clairement, ce ne sont pas les démonstrations qui sont mystificatrices, c’est la pratique des A.M eux-mêmes qui l’est trop souvent. Et parfois de façon dangereuse pour le pratiquant, quand il croit détenir des techniques à contenu martial, alors qu’il ne détient que des techniques de gymnastique à haut contenu psychomoteur -ce qui n’est déjà pas si mal-. Laissez supposer que les pratiques enseignées dans les dojos ont la moindre valeur martiale est une mystification pure et simple, malhonnête (mercantile) ou inconsciente (auto-surestimation naïve des capacités martiales de l’enseignant), et je le répète, qui peut, sur des esprits faibles se révéler dangereuse. Il y a des dojos où de véritables experts en A.M enseignent -peu, très peu. A Paris on les compte sur les doigts d’une main-, connaissant parfaitement le terrain, ils se gardent bien de laisser traîner la moindre ambigüité. Les démonstrations sont finalement beaucoup moins mystificatrices. Elles ne prétendent à rien d’autre qu’à faire un spectacle ludique, mis en scène et préalablement répété par des hommes et des femmes qui prennent du plaisir à s’entraîner toute l’année ensemble dans une pratique sportive aux parfums exotiques. Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de mystificateur et de critiquable là-dedans.

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          • La mystification dans les démonstrations d’arts martiaux 11 février 2008 10:44, par David Dumas

            Il est souvent dangereux d’affirmer les choses de manière aussi péremptoire :

            La question est ...

            ... notion à laquelle j’ai réglé son compte

            Laissez supposer que les pratiques enseignées dans les dojos ont la moindre valeur martiale est une mystification pure et simple

            Il y a des dojos où de véritables experts en A.M enseignent -peu, très peu.

            D’autant plus que tout ça reste très flou. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le fond et la forme de votre discourt. Ca me donne des idées d’articles, et pour ça je vous en remercie.

            Mais, je vous assure que vous n’êtes pas le seul pratiquant persuadés de détenir la vérité. Il y a des raisons psychologiques fortes à celà et je vous comprends...

            Car moi aussi mon professeur est le meilleur élève du créateur du meilleur art martial. Comme nous tous. :-)

            Mais c’est bien le genre de discussion que je souhaite que nous évitions ici.

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          • Je ne comprends pas votre intervention. Vous voulez contredire absolument l’auteur de l’article initial. Vous dites en gros la même chose que lui, mais sans exemples et dans des banalités abstraites. Vous faites celui qui connait un tas de choses mais vous ne dites rien. Sans vouloir vous insulter vous parlez pour ne rien dire.

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          • Bonjour, Sujet très intéressent, votre réponse également. Pourriez-vous m’indiquer ces fameux dojos avec des vétritables experts, s’il vous plaît. Merci

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            • La mystification dans les démonstrations d’arts martiaux 24 juillet 2008 21:08, par Tamaki Léo

              Bonjour,

              Je ne sais pas si c’est à moi que vous vous adressez mais étant l’auteur de l’article je vous réponds au cas où cela m’était destiné.

              Il m’est impossible de vous donner des adresses de dojo car je ne sais pas exactement ce que vous recherchez. Les voies martiales peuvent être abordées sous de nombreux angles et les experts privilégient des choses différentes.

              Par ailleurs il est difficile de recommander ou même simplement envoyer quelqu’un dans un dojo que l’on connaît sans l’avoir au moins rencontré.

              Cordialement,

              Tamaki Léo

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              • Bonjour,

                "Par ailleurs il est difficile de recommander ou même simplement envoyer quelqu’un dans un dojo que l’on connaît sans l’avoir au moins rencontré."

                Tout à fait d’accord.

                Je rajouterai même que dans le cas d’un débutant, on devrait l’accompagner et travailler avec lui ou au moins en faire une présentation résumée au responsable. J’avais recommandé un dojo à un neveu en lui précisant de me prévenir quand il voudrait y aller. Erreur, il y est allé tout seul ! Et s’est livré, malgré les instructions, à son interprétation personnelle en force, donc mauvaise chute en dessous de son partenaire et ligaments croisés du genou out (les siens heureusement).

                Je m’en veux encore.

                Amitiés à tous

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