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Pratique

L’entraînement dans la douleur

Quel efficacité ?

mercredi 12 décembre 2007, par Léo Tamaki

Beaucoup de pratiquants ont encore en tête les images des entraînements de Sylvester Stalone dans Rocky, de Jacky Chan ou tout autre "combattant" cinématographique. Combien se sentent "boostés" par la vision de ces icônes se surpassant dans la douleur pour parvenir à vaincre leurs faiblesses et leurs adversaires. Et je ne suis pas le dernier à enfiler un jogging pour aller courir après avoir vu une de ces séquences…

Répétée ou répétitive ?

Les séries de chutes et les suburis en Aïkido, les longueurs de tsukis et keris en karaté, chaque discipline possède ses exercices fondamentaux qui peuvent et doivent être pratiqués de manière répétée. Mais une importante distinction doit être faite entre manière "répétée" et "répétitive".

Lorsqu’on s’entraîne de manière "répétitive" on arrive en répétant longuement un exercice à un seuil de douleur. La fatigue, la libération d’acide lactique surviennent et rendent la pratique difficile à continuer. Toutefois la persévérance permet de dépasser ce stade et d’arriver, paradoxalement, à un certain confort. Ce confort peut-être dû au fait que vous employez finalement moins de force et exécutez mieux le geste, mais en réalité il est généralement dû aux endorphines que libère le corps. Malgré le seuil de douleur qui reste toujours difficile à dépasser on peut trouver un certain plaisir à répéter régulièrement ce type d’entraînement et avoir le sentiment que l’on progresse. J’ai moi-même longtemps été fier de mes longues séries de coup de poings et pieds lorsque je pratiquais le karaté. Et lorsque j’ai commencé l’aïkido je m’enorgueillissais de mes longues séries de chutes et de suburis.
Malheureusement ce type d’entraînement n’amène que des progrès rares et limités après de longues années de pratique. De longues années durant lesquelles le corps aura été usé par un entraînement incorrect supporté grâce à la libération des endorphines…

Modifier l’utilisation du corps

Le véritable entraînement consiste à modifier l’utilisation de son corps, pas à le forcer à exécuter des gestes malgré la douleur. Et il faut lutter contre cette sorte de satisfaction machiste et masochiste issue des stéréotypes du cinéma, des mangas ou des dessins animés.

Il est nécessaire de répéter les exercices fondamentaux, et il ne faut pas fuir la douleur à tout prix. Mais plutôt que de pratiquer mécaniquement en pensant uniquement à surmonter notre mal, il est important de prendre conscience de chaque partie de notre corps. Sentir ses os, ses muscles, prendre conscience de la force inutile que nous employons et mettre en pratique les enseignements reçus. Ce n’est qu’à travers ce type d’entraînement que les efforts porteront des fruits durables et permettront de rentrer dans un autre monde de pratique…

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12 Messages de forum

  • L’entraînement dans la douleur

    14 décembre 2007 08:29

    Bonjour

    Je ne sais où poser cette question, donc voila :

    Je suis, j’étais pratiquant de karaté shotokaï, je me suis blessé au genou, ligament croisé cassé, je dois me faire opéré pour réparer cela.

    Après l’opération, j’ai envie de faire de l’aikido, ( en fait ma femme ne veut pas que je recommence le karaté ^^ et comme je voulais faire de l’aikido avant cela....).

    Ma question est la suivante :

    l’aikido est-il risqué pour mon genou ? y a-t-il souvent de la "casse" en aikido ? des blessures ?

    Voila. Merci pour tout. En espérant une réponse.

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    • L’entraînement dans la douleur 16 décembre 2007 15:22

      Bonjour,

      Il y a des pratiques martiales qui abîment le corps. Elles sont rares et le Shotokaï et l’Aïkido n’en font pas partie. Par contre ces deux disciplines et beaucoup d’autres peuvent être destructrices si un exercice est répété de manière incorrecte. Les genoux, le dos, les épaules et enfin les hanches sont les principales victimes d’un enseignement négligent ou mal compris.

      En Aïkido ou Iaïdo beaucoup de pratiquants ont par exemple des problêmes de genoux en raison d’une mauvaise position dans leurs déplacements.

      L’Aïkido est une discipline qui vous apportera probablement beaucoup et dont l’enseignement porte de nombreuses similarités avec le Shotokaï. L’essentiel est de trouver un enseignant correct qui porte autant d’attention à l’aspect martial qu’à la préservation et au développement de la santé.

      Cordialement,

      Léo Tamaki

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  • L’entraînement dans la douleur

    5 janvier 2008 16:57, par Xaba

    Je suis extrèmement surpris par ce dossier et par les quelques commentaires qui suivent. Je crois que l’idée de travailler dans ou grâce à la douleur est non seulement trompeuse mais aussi et surtout dangereuse. Cette appréciation n’est pas motivée par une expérience en arts martiaux uniquement. J’ai pratiqué depuis un certain nombre d’années les modalités sportives les plus variées. Depuis l’athlétisme jusqu’à la force athlétique, depuis les sports collectifs jusqu’aux arts martiaux. A 45 ans, je pratique encore Karaté, Iaido, Jiu Jitsu et Kung Fu toujours avec la même énergie et souvent encore en compétition. Pourquoi et comment ? Parce que je sais écouter mon corps et reconnaître quand la douleur est la simple manifestation d’une fatique passagère ou le signal alarmant d’une lésion plus sérieuse. Oui ! La douleur est un signal que nous envoie le corps pour nous prévenir : attention ! danger ! Est-ce à dire qu’il faille interrompre tout entraînement à la moindre contrariété ? Pas nécessairement.

    La douleur post entrainement est aussi la preuve que le corps a travaillé, qu’il a été effectivement sollicité et qu’il faut aussi savoir lui donner le temps... de récupérer en réduisant la charge de travail. D’où les cycles de travail par exemple en Force Athlétique qui alternent des entrainements "lourds" avec des séances plus "légères" : à vouloir toujours travailler à la limite on stresse le corps et on l’empèche de progresser.

    C’est aussi une méthode d’auto evaluation qui permettra de déterminer si l’entrainement est bénéficiable ou non. Répéter sans cesse le même Kihon toute l’année peut très certainement permettre d’en maîtriser le plus infimes détails. Pourtant en changeant avec une certaine régularité le plan d’entrainement, on brise la monotonie d el’entraînement, on oriente son corps vers une autre routine, on le plie à des exigences qu’il ne ressent plus à se contenter des mêmes séquences et des mêmes rythmes. Il existe une "mémoire" musculaire. Cassons cette routine et le corps devra se réhabituer. La courbature sera le signe que l’exercice a bien "pertubé" cette monotonie...

    La douleur traumatique est par contre rédhibitoire ou devrait l’être. Forcer le corps en cas de blessure est ridicule et dangereux. Cela n’apportera jamais que des désagréments plus grands encore dans le futur et peut être des conséquences irréversibles : un jour ou l’autre l’organisme réclamera son tribut...

    Je persiste pourtant et malgré tout à croire que la douleur devrait être complètement proscrite à envisager un entrainement d’agrément, d’équilibre et de bien être. La douleur étant le premier signe du manque de confort, de la difficulté ; le premier signe l’on s’éloigne de la nécessité d’harmonie. Tant qu’à faire à pratiquer dans a douleur autant donc travailler celle de son adversaire...

    Voir en ligne : http://www.xaba.contingences.org

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    • L’entraînement dans la douleur 6 janvier 2008 01:15, par David Dumas

      Bonjour, et merci pour votre commentaire.

      Je ne vois pas ce qui vous surprend. Car vous n’avez pas un avis fondamentalement différent de celui des auteurs des articles du dossier, me semble-t-il. :-)

      Cordialement

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      • L’entraînement dans la douleur 8 janvier 2008 14:07, par PL

        Pour répondre à votre lecteur s’inquiétant de la santé de ses genoux, voici un petit document expliquant les dangers potentiels de l’aikido pour ceux-ci...

        Le mieux pour votre lecteur serait sans doute de choisir un club qui pratique peu les techniques à genoux...

        Voir en ligne : aikido et genoux

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        • L’entraînement dans la douleur 8 janvier 2008 16:57, par David Dumas

          Le lien n’est pas bon. Pouvez vous le corriger ?

          Merci.

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          • L’entraînement dans la douleur 21 janvier 2008 12:28, par benoit bertin

            Bonjour, Un post plein de bon sens que je découvre ici. Des idées intéressantes et trop rarement évoquées, mais qui concernent la réalité qu’il faut voir en face un jour ou l’autre. Cela étant dit, j’aimerais insister aussi sur le coté parfois pernicieux de la douleur et que j’ai envie d’y aborder deux points principaux :

            1 ) Par exemple si on se fait « casser » lors d’un entraînement, sur le coup soit on sent presque rien, soit on sent qu’on dépasse la limite habituelle et là on a mal… Mais avec les endorphines il est difficile ou impossible d’évaluer sur le coup la réelle ampleur du dommage subi. En 6 ans j’ai eu que 5 blessures ayant nécessité une interruption de pratique quelques semaines (et sinon des babioles n’ayant pas nécessité d’interruption de pratique), mais jamais nécessitant d’hospitalisation (une veine gonflée au pied en étant atteri dans le mur en chutant, chaque coude de déchiré une fois, une épaule ayant subi de trop forts shiho nage qui s’est soldé par une élongation du trapèze et du sus épineux et une autre fois le poignet droit qui à dit « stop » a des kote gaeshis faits dans un angle pas forcement naturel qui plaisaient pas aux tendons).

            Et à chaque fois, là où j’ai commencé à véritablement « comprendre ma douleur « c’est une heure ou deux après le cours, ça devenait plus vif d’un seul coup… On sent alors que quelque chose ne va vraiment pas, on met de la glace etc… Mais là où je trouve qu’on se rend vraiment compte de l’ampleur et que l’on commence à avoir vraiment très mal c’est en fait le lendemain dès le réveil… une fois les endorphines « cache misère » dissipées…

            Il me semble également pas toujours facile de bien évaluer une douleur, sa cause réelle son degré de gravité ou non… D’autres étant dues à des attitudes que l’on acquiert et que l’on ne croit pas forcément mauvaises, même si à un moment ça peut se ressentir de façon bénigne ( dans mon cas des douleurs à la base de la nuque sans doute car mon port de tête/ verticalité étaient pas bien alignés… sans doute entre autres principalement parce que mon regard était mal positionné)

            2) Une autre cause que je vois au coté subjectif et difficile à voir de la douleur : les douleurs uniquement ou principalement dues à une trop forte tension…. Est ce que ça va vraiment changer forcément quelque chose sur le fond si on se dit « je dois me relâcher » mais qu’on ne sait pas comment le faire et qu’on ne comprend pas la cause de cette tension ? Ne risque t-on pas alors de faire un peu comme celui qui fait une nuit d’insomnie parce que dès qu’il est dans son lit il se dit sans cesse » faut que je dorme » ?

            Pourquoi par exemple les relations entre la tenue de la colonne vertébrale/port de tête etc.. et la tenue des épaules/ouverture/fermeture de la poitrine , (par exemple être vouté ou non), ou encore la relation entre le travail des hanches/position du bassin et la colonne vertébrale en tant que cause de douleur ou de tension ou de détente ou d’absence de douleur (selon le cas et la position) ne sont-elles que trop rarement enseignées clairement et ouvertement ? (Ou alors c’est moi qui avais pas bien compris, mais j’ai la sensation que souvent on dit vaguement « il faut avoir une bonne attitude pas les fesses en arrière » et que généralement les explications s’arrêtent là)

            Voilà mon avis.

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            • Réflexions en vrac 20 octobre 2008 19:17, par s

              intéressant.

              Par nature, je respecte l’intégrité de mon corps et ne le mets pas en danger en lui faisant mal et je déteste le sport... sincèrement pleinement et depuis toujours... Je suis "allergique au mot effort"

              Pourtant c’est à l’encontre de notre culture occidentale (notamment via sa religion) qui ne se sent exister que quand on "fait un effort" et que ça fait mal...

              Et pourtant, il est fort probable que j’ai fait mal à mon corps en m’entraînant... : pour ne pas mettre le corps dans une douleur, par un mauvais usage, il faut être suffisamment conscient de ce qu’il fait. Il faut aussi se faire suffisamment confiance pour se stopper. Enfin, il faut bien choisir son art...

              D’autre part, ce qui est réellement nouveau est inconfortable ou sans sensation ou confortable ? A quel seuil passe t on de l’inconfort à la douleur ?

              Peut on changer sans douleur ?

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              • Réflexions en vrac 22 octobre 2008 18:15, par Tamaki Léo
                L’effort mal dirigé est inutile et dangereux. Mais je vois difficilement comment progresser sans en faire... Personnellement je travaille à rendre ma pratique la plus efficace avec le minimum d’efforts. Mais paradoxalement cela m’en demande beaucoup ;-)

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  • L’entraînement dans la douleur

    27 octobre 2008 12:30, par gomas
    je pense que votre intitulé présuppose des amalgames. en effet il ne faut pas confondre douleurs, efforts , épuisement. l’ entrainement dans la douleur est correspond à la représentation du héros qui se sacrifie pour le bien de tous. les valeurs viriles sont alors à leurs apogées et la taux de testosterone grimpe.... l ’epuisement peut etre utile en periode de pré compétition.le travail au seuil de fatigue acceptable (pour la sécurité du pratiquant)permet de trouver des ressources différentes : le jugement est altéré place aux automatismes( qui bien réglés sont redoutables car plus rapides...)des stratégies d’économie d’energie s’imposent , pas de mouvements parasites la technique redevient une solution (fluide efficace) à un probléme et enfin l’organisme lui s’adapte. le travail lactique s’accompagne de la fabrication de substance tampon qui permettent à l’athlète de poursuivre son effort et de prolonger son combat. avec l’entrainement le seuil lactique recule : l’adv a interet a etre meilleur..... D.

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    • L’entraînement dans la douleur 4 novembre 2008 22:58, par Tamaki Léo

      Je vous concède un titre "accrocheur". Mais je crois avoir précisé ce dont je voulais parler dans l’article. Vous parlez ensuite de pré-compétition. Mon propos ne concernait pas ce domaine en particulier, bien au contraire. En revanche je suis d’accord avec vous, occasionnellement, de façon pensée et mesurée, un travail intense est intéressant. Mais APRES avoir modifié l’utilisation de son corps. Sinon il ne s’agit que de faire mieux ce que nous faisons déjà... et généralement ça ne va pas très loin.

      Cordialement,

      Tamaki Léo

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